Histoire de la Vallée de Joux

La grande encyclopédie de la Fontaine aux Allemands en douze volumes !

    Titre pour le moins curieux. Il se trouve simplement que l'histoire de ce hameau, possédant autrefois son administration propre, aujourd'hui disparu, nous a toujours interpellé.
    Il y a d'abord les lieux où s'était installée cette petite collectivité, très froids et très nostalgiques, vaste plateau situé sur les hauts du Lieu et que connaissent parfaitement les amateurs de ski de fond, puisque la piste les traverse tout entiers.
    Il y a ensuite ce miracle, c'est que les archives de ce hameau, existent encore. Raconter la manière dont elles furent récupérées est une nécessité. Voilà, un jour un homme s'approche du syndic et archiviste de la commune du Lieu, Mr. Alphonse Rochat. Il lui tend un carton. - J'ai trouvé ces vieux papiers au fond de ma grange, lui dit-il.  On ignore le nom de ce donateur doué de bon sens et d'affection pour des documents qui ne devaient pas payer de mine, recouverts de poussière, de restants de paille et de foin! On lui doit dans tous les cas une sacré reconnaissance. Il y avait là l'essentiel des archives de l'ancienne administration de la Fontaine aux Allemands, la matière même qui aura servi à composer cette rubrique.  
    On croira celle-ci démesurée par rapport à une si petite collectivité. C'est en fait quelque part un record absolu. Il n'y eut guère plus de huitante à cent habitants au sommet de la courbe démographique, à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle. Et pourtant nous vous proposons là une encyclopédie de douze volumes. Certains pourront crier à la folie. Que nous importe. Nous tenons à faire revivre ce village, et encore, n'est-ce là qu'une toute petite partie des faits et gestes de ces gens-là qui ont eu un grand courage, celui de lutter contre une nature ingrate, étant au fond d'un plateau dominé de vastes pentes, où les gelées précoces ou tardives sont nombreuses et soumettent les cultures à de rudes épreuves.
    Bref, voilà une rubrique peu ordinaire qui devrait pouvoir nous faire figurer dans le Guiness Book, si nos buts étaient tout autres. Ce qui compte avant tout, et même s'il y aura une matière confuse, listages divers autant que textes d'explication ou documents de première importance, c'est véritablement de rendre hommage à ces Nicoulaz, premiers fondateurs probablement, à ces Cart, à ces Lugrin, ces Reymond, Meylan et autres gens possesseurs de ces noms bien de chez nous. Chose particulière, les Rochat, pourtant capables d'aller se fourrer un peu partout, ne s'établirent pas de manière significative à FA, si même ils réussirent à y mettre les pieds, tout au moins durant de longs siècles. Car ce qu'il faut retenir, et même si en passant par là-bas vous n'aurez qu'une impression de désertitude, c'est que cette colonisation, commencée, on peut le supposer, dans la deuxième moitié du XVIe siècle, au plus tard au début du siècle suivant, s'est poursuivie activement sur près de trois siècles. Et ce n'est au final qu'à partir du début du XXe siècle, et même si le déclin s'est amorcé dès le milieu du XIXe, que la débandade fut véritablement amorcée. Alors la région perdait des habitants chaque année pour se retrouver bientôt incapable de garder des autorités administratives. FA, de cette manière demanda son rattachement au village du Lieu en 1938-1939, juste avant que n'éclate la deuxième guerre mondiale, événement autrement plus important que la fin d'un hameau si modeste, et désormais si ignoré.  
    Mais le voilà qui revit, et qui a aussi cette chance si incroyable par rapport à tous ceux qui demeurent aujourd'hui, d'avoir une histoire sur douze volumes, ce qui ne sera jamais pour aucun de ceux-là, hormis le village de l'Abbaye possédant lui aussi son encyclopédie en douze tomes. Mais qui le sait ?