Tome huitième, Vers Chez Claude.
Vers chez Claude au jour d'aujourd'hui!
    Autrefois partie intégrante du hameau de la Fontaine aux Allemands, ce voisinage, proche de celui dit de Chez Seillon, avait quelque fois des vélléités très marquées de se rapprocher du village du Lieu. C'est que d'ici l'on voit le Charroux, sur sa crête, et que l'on imagine facilement que derrière, en contrebas, il y a le Lieu, le chef-lieu, avec ses commodités, c'est-à-dire son école et son église en priorité. 
    Si bien que les habitants de cette zone, englobant encore Chez Jolly, Chez le Crot, le Bas de la Tépaz et Chez Seillon, tout en étant rattaché à FA, pouvaient lorgner ailleurs. Ce qui pouvait engendrer quelques difficultés d'organisation. 
    Lors d'un tournus, il semble même que l'école se tient à Vers Chez Claude, par rapport à FA, endroit vraiment par trop décentré. Cette forumule ne dut pas tenir la route longtemps. 
    Vers Chez Claude, du nom d'un habitant de ce prénom, selon toute évidence, est appellé de cette manière au moins dès la fin du XVIIIe siècle, idem pour Chez Seillon. Chez Claude, l'on y installa un bistrot qui porta le nom de Café du Risoud. On disait aussi Chez Simi, cet usage immodéré des doubles appellations renforçant les difficultés de s'y retrouver pour un parfait néophyte. C'était là, tout simplement, un repaire de contrebandiers, puisque les français de l'autre côté de la frontière, et principalement de ces fermes situées au-dessus de Mouthe - voir à ce propos la brochure "Choses dites Chez Mimi"- passaient la frontière sans qu'il ne leur coûte rien, connaissant la région bien mieux que les gabelous chargés de mettre un terme à leurs "honteuses" pratiques. Les relations entre gens d'un côté ou de l'autre de la frontière étaient donc tout à fait courantes et bienveillantes, d'autant plus qu'il s'agissait là de gagner sa vie,  les uns faisant gagner les autres. 
    Si les pierres pouvaient parler, dit-on parfois. C'est bien une évidence, elles en diraient, de ces vieilles histoires de contrebande. Et puis elles raconteraient aussi ces grands bals que l'on organisait Chez Simi au son d'un accodéon ou d'un petit orchestre local allègre et familier qui vous faisait pirouetter toute cette jeunesse. On s'amusait en ce temps-là aussi bien qu'on peut le faire aujourd'hui, si ce n'est mieux. Tiens, tout cela nous fait penser soudain que notre présent, que l'on croit immortel, il passera lui aussi à la trappe et qu'un jour d'aucuns s'en souviendront pour évoquer ce que l'on appelle, à tort bien entendu, toujours, le bon vieux temps.
    Chez Claude, tout un monde, toutes sortes de vies et de destins que peut-être l'on ne retrouvera jamais. Hélas. La mort d'un homme, ou d'une femme, à cet égard, étant comme une bibliothèque que l'on  brûle!