Tome septième, Chez Lucien.
Chez Lucien au coeur de l'hiver, par Pierre-Abraham Rochat.
    Un nom d'une simplicité toute calviniste et pas plus poétique qu'il ne le faut. Il s'agit simplement de celui du dernier prince qu'on sort, le mari de Rosalie Fanchette Cart, la vraie propriétaire des lieux. Mais donner le nom d'une dame à une propriété, non, à l'époque cela ne se faisait pas, si bien qu'on lui préféra le nom de son mari, Lucien Reymond, personnage relativement méconnu qu'il ne faut surtout pas confondre avec cet autre Lucien Reymond, du Solliat cette fois-ci, historien, polémiqueur, littéraire, homme d'affaires, bref, notre bouillant touche à tout de la seconde moitié du XIXe siècle. 
    Ici un homme plus calme qui finira ses jours aux Charbonnières comme rentier. Suite probablement à la vente des propriétés à la commune du Lieu, en 1888. Alors la ferme qui avait une longue histoire, est devenue simple chalet d'alpage. Elle brûla en 1921, reconstruite, mais en un endroit situé plus à l'ouest, et d'une toute autre forme architecturale. Nous découvrons donc à ce moment là la conceptioin moderne des chalets, long rectangle fonctionnel d'où toute recherche esthétique est bannie. 
    On dit désormais Chez Lucien. Et cet alpage fut très longtemps, et il l'est encore probablement, monté par une même famille qui connaît en conséquence  la région comme sa poche. Il est vrai que ce n'est pas trop difficile, les anciens lieux de la Fontaine aux Allemands constituant un vaste plateau. Des murs anciens témoignent encore de ce qui fut un hameau. Les mazures sont plus difficiles à trouver, et surtout il est encore moins facile de s'imaginer la vie quotidienne en ce site, alors que l'on manquait de toutes les commodités, et que déjà seul l'approvisionnement en eau était un problème. Bref, pas facile de mener une existence décente en des lieux en apparence si deshérités. Et pourtant, ces pionniers qui avaient pour nom Cart, Nicoulaz, Reymond, réussirent le pari et tinrent bon pendant trois siècles pour le moins. 
    Chez Lucien, nous parlons ici de l'ancienne ferme située plus à l'est que le chalet actuel, fut aussi bistrot et magasin. On s'y rendait plus volontiers de France que de Suisse, puisque la frontière est à deux pas et que les français venaient s'approvisionner en masse sur le territoire voisin. Ils achetaient qui du sucre, qui du tabac, qui ces divers produits dont le prix était inférieur et de beaucoup à celui qui se pratiquait de l'autre côté de la frontière. 
    Voilà donc tout un monde. Nous en retrouvons les traces dans cette nouvelle publication. Bonnes découvertes.