12. Partir de Bracca, par Augusto Lazzaroni
La maison d'Augusto Lazzaroni à Bracca.
    Quel beau paysage. Mais un peu rustique quand même. Tu vois, là-haut, c’est Costa di Serina, et c’est plus grand qu’ici. Ils ont plus de surfaces cultivables même que c’est plus haut. Mais ça  fait rien, je préfère être ici, à Bracca,  et même que la montagne elle est prête à nous tomber dessus. Des fois je me demande pourquoi ils ont construit le village aussi près de la montagne. Parce qu’au-dessous c’était encore plus pentu et qu’ils n’ont trouvé que cet endroit pour cultiver et s’établir. Ce doit être cela. Ils n’étaient pas sots. Et puis aussi il fallait se mettre un peu au soleil pour ne pas rester dans l’ombre en hiver et brûler ainsi des quantités de bois qui seraient plus du double. Ils savaient ce qu’ils faisaient, allez. Pas besoin que cinq cent ans plus tard, nous leur expliquions leur propre histoire, mais que surtout nous leur donnions encore des conseils dont par ailleurs ils ne savent que faire. Ils sont tous morts. Et même les cimetières qu’ils avaient, ils ont disparu, qu’on ne sait plus où ils étaient, tant le temps a passé et que les choses aussi, elles ont changé. Peut-être que certains, allez savoir, ils sont maintenant sous les maisons. C’est possible. C’est même probable, puisque l’on n’en voit plus aucun, que le récent que l’on trouve à proximité de l’église. Et une église qui n’est même pas vieille, puisqu’on ne la construite qu’au milieu du siècle passé. A-t-elle remplacé une autre plus ancienne, ça je ne saurais le dire. Car vous savez, on n’a point d’histoire, ici au village, non, point de livres qui nous apprennent comment c’était avant. Y a juste les vieux pour nous raconter, et moi je suis certain qu’ils nous disent  plein d’histoires qui n’ont qu’un rapport lointain avec la réalité d’autrefois.