La vallée sans printemps, de Romain Roussel.
Des hivers qui durent 8 mois!
Cet ouvrage parut en 1939. Epuisé rapidement, il demeura longtemps introuvable. Puis différentes éditions se succédèrent, dont celle des Editions Mon Village de 1989. C'est cette version que nous venons de découvrir, ce qui constitue un petit scandale en quelque sorte, puisque tout en étant à l'affût de tout ce que la région produit en fait d'ouvrages divers quant à son histoire, quant à sa production littéraire, on a pu rester si longtemps à côté de ce petit chef-d'oeuvre. L'auteur en est Romain Roussel. Il écrivit partie du récit à Chaux-Neuve, partie à Paris. On pourrait croire ici avoir affaire à une vague romance où la région ciblée n'en serait que le cadre un peu lointain. Ce n'est pas le cas. Ainsi les conditions climatiques de cette région de l'Orbe supérieure constituent-elle la véritable colonne vertébrale du récit où les comparses n'en sont quelque part que les jouets. Certes, on trouvera que poser le fait que cette zone du Haut-Jura ne connaît guère que les rudesses du climat, que celui-ci offrirait pas loin de huit mois de neige et que la belle saison n'est qu'une maigre parenthèse entre deux hivers, est quelque peu exagéré. Certes oui. Il y a cependant, malgré ce qui pourrait être considéré comme une parfaite contre-vérité, du charme à revendre dans ce récit où l'hiver le monde est cet extérieur que l'on affronte le moins possible et où l'on se tient calfeutré au chaud dans sa maison tandis que la neige s'est entassée contre les murs presque jusqu'au toit! Qu'on y est donc bien, pour vaquer à des occupations émanant de l'industrie, ici le montage à domicile des lunettes, vaste production dont on sait que Morez est le centre pour dire absolu. Un roman qui se lit avec plaisir, disait autrefois Samuel Aubert qui recommandait à ses lecteurs de se procurer cet ouvrage à la bibliothèque du Sentier. Une question, en sa version originale, y est-il encore ?