86. Le boire et le manger.
Pas nécessaire d'en faire autant!
    Notre alimentation d'aujourd'hui est d'une richesse invraisemblable. Pas un fruit, pas un légume de quelque lointain pays et qui soit de notre goût ne saurait manquer à notre table. Tout vient, tout parvient avec une facilité pour dire totale. Pourvu que ça dure, pourrions-nous dire! 
    Tandis qu'autrefois, que mangeait-on, à part le pain, les légumes de son jardin, les pommes de terre dès que celles-ci firent apparition dans notre haute combe dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, et puis comme fruits, ceux que l'on pouvait aller acheter en plaine, pommes principalement, et surtout celles qui sont de bonne garde. 
    Bien sûr, il faut rajouter les produits laitiers, la viande et le poisson, pour ceux qui avaient pris nos lacs pour terrain de jeu! et quelque gibier pour les familles dont l'un ou l'autre des membres  s'improvisait en nemrod.  
    Quant aux boissons, de la bonne eau de nos tonneaux, du vin très rarement, à l'occasion d'une fête, plutôt réservé en des temps anciens à ces abbés foncièrement dominateurs et égoïstes, petits seigneurs au milieu d'une population laborieuse.  Le thé et le café vinrent  plus tard. On peut imaginer pour le café une pénétration au début du XVIIIe siècle. Auguste Piguet relève qu'un moulin portait gravé en son flanc la date de 1711. 
    Bref, on était modeste et sage. Et ce n'est que par le jeu des échanges de plus en plus accrus que l'on en vint à diversifier notre alimentation. Désormais les produits se compteraient par dizaines. Cette évolution se lit dans les comptabilités de ménage du XIXe siècle où l'on peut déjà parler d'une alimentation moderne, riche et variée.