85. L'école
La classe de Emile Baudraz fait le tour du lac Brenet à la fin des années quarante.
    On en a déjà parlé en long et en large. Elle a tellement fait partie de notre vie quotidienne d'enfant, qu'il ne sera pas inutile de placer ici une étude sur le sujet paru dans La vie quotidienne, Le Pèlerin, 1999. Elle est naturellement du professeur Piguet. 
    L'école. Ce qu'on lui doit. Surtout de nous avoir appris à lire et à écrire, instruments indispensables à une vie normale, nous permettant même d'aller bien au-delà de ce lieu où cette société qui nous a donné ces deux pouvoirs souhaitait nous amener,  c'est-à-dire d'être capables un jour de prendre le contre-pied de sa politique ou de son orientation. En fait, cette même société nous a offet la corde pour la pendre! Et de cela, chose naturellement très ambiguë, nous ne lui en serons jamais assez reconnaissant. 
    Certes, l'enfant ne l'entend pas de cette oreille, et pour lui, tout au moins pour celui qui a quelque peine, l'école, c'est chiant. Et cela l'était d'autant plus, en estimant qu'aujourd'hui les régents et professeurs sont tous de bons gaillards, quand régnaient les méthodes de la "castagne". A ce point de vue-là, pour ceux qui avaient à subir ce type d'enseignement, on peut comprendre que l'école était un repoussoir absolu et que le fait que l'on nous apprenne à lire et à écrire, à compter aussi,  n'était qu'une maigre consolation de toutes ces journées "perdues" où la crainte était plus courante que le plaisir. 
    L'école, bien qualifiée en d'autres lieux de "cage dorée". L'on y apprend, péniblement parfois, avec joie en d'autres moments. Une culture certes limitée, les régents par exemple haïssaient la bande dessinée qui pour nous, au contraire, représentait le graal absolu, mais néanmoins ouverte sur le monde, ne serait-ce que par la géographie. Toutes ces cartes que nous avons aujourd'hui encore dans la tête - certes, on a oublié certaines capitales! - avec des couleurs, elles sont encore en nous. Et s'il survient un événement quelconque par le monde, il nous est facile de le situer. Suffit s'ouvrir le bon tiroir! 
    Bref, voilà un sujet absolument inépuisable. Et c'est bien là la raison pour laquelle nous revenons si souvent dessus. Et il n'y a aucune raison pour que nous mettions un terme à cette longue quête de tout savoir ce qu'elle fut, qu'elle fut son importance, quelle est son origine, comme aussi quel sera son avenir, fulminant devant des essais sans cesse répétés qui n'ont eu pour résultat, en général, que d'en affaiblir la simplicité d'une part, mais aussi, et c'est là le plus grave, l'efficacité. 
    Il n'est pour cela que de considérer les cahiers de composition déjà de la seconde moitié du XIXe siècle. Quelle connaissance du français, quelle aisance à s'exprimer en cette langue, quelle maturité déjà pour des élèves qui venaient tout juste d'être un peu secs derrière les oreilles! Impressionnant.