82. Hommage à Michel Girardot, photographe des alpages.
Où quand les cuisinières "Cordon Bleu", remplacent le creux du feu placé sous les grandes cheminées...
    En 1980 paraissait un modeste mais remarquable ouvrage photographique sur les alpages de la région supérieure de Mouthe. Il était composé.  d'une part par les photographies prises par Michel Gigardot  lors de la saison 1974, et d'autre part par le texte "ethnographique", précis, quoique poétique, de Marie-Lucie Cornillot, conservateur honoraire du Musée de Besançon. Nous ne croyons pas déplacé, à titre d'hommage, autant pour l'artiste qui devait décéder avant 1980, que pour la "scientifique" qui s'est penchée attentivement sur l'oeuvre du premier, de donner ici le texte de cet ouvrage ainsi que quelques photos. 
   Michel Girardot était promis à un brillant avenir de photographe. Ses clichés sont tout empreints de l'immense poésie des alpages. Mais entendons-nous, poésie pas plus gaie qu'il ne le faut, notre homme naviguant d'un chalet à l'autre de cette région de Mouthe, mais ne trouvant assurément jamais de quoi vraiment se réjouir, avec des bâtisses rustiques dont l'entretien se faisait attendre. En un sens tant mieux, puisque cela permettait de témoigner de locaux tels qu'ils étaient là depuis des décennies, voire des siècles. 
    Pourtant des transformations importantes avaient déjà été faites. On ne fromageait plus dans aucun de ces chalets. Ce qui fait que l'ancien ameublement de la cuisine avait disparu, ou n'était plus là que pour une nouvelle uitlisation, l'ancien enrochoir, par exemple, ne servant plus que de table pour les objets dont on n'a pas d'utilité immédiate. La grosse cheminée était souvent cancelée, les habitants de ces lieux d'ordinaire se chauffant et cuisinant désormais  sur une simple cuisinière. Notre photographe fut d'ailleurs particulièrement fasciné par ce nouveau moyen de chauffage, marque Cordon Bleu, qu'il représenta de multiples fois, et que le concepteur du livre réussit à placer à trois reprises ! 
    Il est très certain que Michel Girardot avait du prendre un nombre de clichés de beaucoup supérieur à celui que contient l'ouvrage. Il y eut donc un choix fait par ce même concepteur qui peut être parfois discutable. Il y a aussi que la qualité de reproduction de ces belles images n'est pas toujours ce qu'elle aurait pu être, avec souvent saturation des noirs, ce qui a pour effet de renforcer encore le côté poignant de ces scènes alpestres sur lesquelles plane une sorte de fatalité lourde. Non, ce n'est pas là le printemps, et ce monde pourtant situé au coeur de la nature, n'offre aucune fleur, aucun rayon de soleil qui puisse vous réchauffer un tant soi peu le coeur. Les seules fleurs visibles, sont ces edelweiss brodés sur le col du bredzon du maître armailli, à moins que ce ne soit que l'amodiataire venu voir à quoi en est la montagne qu'il loue. 
    1980, à la suite du texte de Suzanne Daveau paru deux ou trois décennies plus tôt, on sent encore dans les lignes que l'on va lire une certaine animosité pour ces Suisses qui viennent "voler" des alpages, et qui le font grâce à leur franc lourd. C'est un point de vue qui reflète peut-être une certaine réalité. Mais qui n'anticipe nullement de l'avenir. Car celui-ci devra être fait d'une pression permanente sur ces pâtures, sans laquelle celles-ci pourraient bien un jour être abandonnées au profit seul de la forêt, mais avant cela de toutes sortes de plantes indérisables qui envahiraient ces énormes surfaces sans profit pour personne. L'équilibre pré-bois, serait rompu, définitivement, et l'on en viendrait à regretter amèrement l'apport inestimable de ces "méchants" voisins, en ce sens que la montagne, grâce à eux en partie, vivait, non seulement sur le plan économique, mais aussi folklorique, avec tous ces troupeaux, toutes ces montées, et tous ces vieux bergers qui occupent les chalets, mais qui, malheureusement, et ce n'est pas là leur tâche, ne les entretiennent pas.