80. Le Chasseral en hiver, S.A. 1936.
La sommité du Chasseral massacrée par une antenne.
    La piste serpente gréablement au travers des futaies, gagne la crête voisine, s'égare dans un vallon, regagne précipitamment le temps perdu en une belle envolée vers la hauteur. C'est le pays de la solitude, pas un son ne rompt le silence; les sapelots semblent muets se stupeur en leur manteau de neige! Quels sont ces intrus venant troubler la sereine paix de cette forêt isolée? Les vétérans, plus philosophes, se contentent de secouer leur charge de neige dans le cou des imprudents qui les frôlent de trop près. Une piste de renard court d'un arbre à l'autre, évoquant les drames de la forêt hivernale, le lièvre surpris au gîte, la vie de fer des animaux sauvages. Bientôt la forêt s'éclaircit; des sapins rabougris, au tronc noueux et à la couronne éclaircie escaladent la dernière crête rocheuse; leur aspect minable témoigne éloquemment de l'âpreté du climat montagnard et de la lutte que leur livrent sans trêve les vents et le froid.