7. Petites notes sur la dernière lettre de Marie-Antoinette - 1793 -.
Portrait de Marie-Antoinette peint par Kucharsky, Versailles. La reine y est nature, vraie, sans apprêts et sans beauté excessive.
    La reine de France Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, est une femme fascinante. Autant par son côté léger, incapable qu'elle est de comprendre le sens de l'histoire, que par sa solidité morale apparemment sans faille, capable d'affronter la mort, et la perpective de la guillotine doit être une horreur sans nom, avec une dignité et un courage exemplaires.  
    Sa dernière lettre à sa belle-soeur Elisabeth est à cet égard un document presque incroyable. Elle est là, cette femme décriée, vilipendée, condamnée, elle sait que bientôt elle va traverser une foule haineuse, véritable hyène collective, avant que de se voir trancher la tête. Et pourtant elle ne cède pas à la panique qui pourrait la rendre incapable d'écrire, ainsi qu'il nous arriverait à nous tous. Elle écrit, elle s'inquiète des autres, de ses enfants, elle fait ses recommandations. L'écriture reste ce qu'elle a toujours été, d'une certaine élégance, ferme. Le style est conforme à cette langue française si raffinée du XVIIIe siècle, que Marie-Antoinette a appris depuis longtemps déjà à maîtriser d'une manière parfaite, et alors même que sa langue maternelle, et cela chacun le sait, est l'allemand. 
    Cette lettre existe encore. On peut en découvrir le manuscrit original. Et devant un tel document, on ne peut qu'être d'une admiration sans borne. C'est là le courage dans ce qu'il a de plus noble. Et c'est aussi cette situation qui nous apparaît, par moment, presque incompréhensible.