77. La filière du bois n'est plus ce qu'elle était.
M. Salvi et son neveu à l'ouvrage.
    Eh non! La crise est là, les scieries du nord de l'Italie, et même peut-être de l'Italie toute entière, tirent la langue. En particulier les traditionnelles, qui ne font que scier, tandis que le lamellé-collé a pris toute la place pour la construction, reléguant les bois traditionnel au placard. 
    Nous retrouvons à Almenno San Salvatore, le village au si belles églises, la scierie Salvi qui travaille essentiellement avec la Suisse pour son approvisionnement en bois, et tout particulièrement avec la Forestière, organe faitier vaudois quand au commerce des bois. Le patron se plaint. Et effectivement, si l'on compare ses stocks actuels en planches et même en bois non débités à ceux que l'on pouvait trouver ici il y a quelque dix ans, la différence est plus que sensible. En fait l'usine tourne au ralenti. Un jour on scie, le lendemain on se tourne les pouces. Et le grand berger allemand, ou chien d'une race similaire, presque aussi vieux que les patrons eux-mêmes, est là qui veille sur le tout, d'une nonchalance rare, bien qu'il ne voudra tantôt pas nous laisser repartir.        
    Le patron, c'est Salvi. Il a fait la moitié de sa carrière en Suisse. A Gimel. Il fut bûcheron, puis il se tourna du côté de la construction des murs. Il a fait notamment ceux qui bordent la route du Marchairuz. La Vallée, le canton de Vaud, il connaît. Il est retourné au pays dans les années septante pour lancer son entreprise qui se trouvait autrefois au fond du Val Imagna. L'espace manquant, coincé qu'il était entre la montagne et la rivière, il a transporté ses pénates dans cette vaste plaine d'Almenno San Salvatore, une terre colonisée depuis des milliers d'années, puisque les locaux cultivaient déjà des champs de blé à l'époque romaine, et même que d'autres populations avaient pu les précéder. C'est dire si tout cela est vieux. 
    Au loin, à quelque deux kilomètres d'ici, à peine, se dresse la petite chapelle de San Tomé, un bijou roman que des connaisseurs apprécient, ayant parfois fait le voyage de l'autre bout du monde pour la contempler, et apprécier surtout son extraordinaire ambiance intérieure. On monte à l'étage supérieur qui n'est en fait qu'une simple balustrade, mais le tout en pierre, par un chemin tournant, sans marches. On est là dans la plus pure architecture de ce milieu de XIIe siècle.
    Mais M. Salvi ne se soucie guère de cette présence immuable. Ce qu'il veut, lui, c'est que le marché se détende, que les ventes repartent, qu'il puisse vendre son bois. Ce qui, en somme, ferait bien l'affaire de la Forestière, société vaudoise avec laquelle il travaille, et par ricochet, celle des producteurs qui verrait au moins le prix au m3 augmenté de 5 cts!