75. La vie au village.
Eux tous, quels qu'ils soient, ils forment ce qu'on appelle une collectivité.
    Avec ses bons et ses mauvais côtés. Cet aspect un peu gênant que tout le monde veut tout savoir de tout le monde! Que l'on ne laisse dans le fond à personne le droit de vivre comme il le veut et sans qu'il n'ait à se mêler à la vie de village. Et pourtant, on s'en rend compte, quand cette même vie de village, par des changements lents ou au contraire radicaux, évolue pour aller vers le bas dans le sens de la sollidarité, elle vient à manquer cruellement. On ne s'aimait pas forcément, on se détestait même parfois entre voisins, mais on savait qu'on existait. Qu'il était là, celui que l'on ne pouvait pas voir. Qu'il travaillait, vaquant à ses occupations diverses. Qu'il était comme un poids, un empêchement. Et pourtant, quand ce même venait à manquer, on trouvait tout soudain un vide dans sa vie. Celle-ci était amputée de quelque chose. Pas forcément du meilleur, mais amputée quand même. Des choses et des situations que l'on ne retrouverait plus. Et cela créait une sorte de souffrance, et cela vous obligeait presque, malgré une certaine forme de libération peut-être, à regretter ce bon vieux temps où il était là, le voisin, et que vous pouviez le regarder, et que vous pouviez le critiquer autant que vous aviez de souffle et de méchanceté en vous. 
    Naturellement, dans cette bonne vieille vie de village, il y avait aussi, parfois, que l'on s'aimait, puisqu'une médaille ne saurait avoir qu'un seul côté! Et puis aussi que lors de certaines fêtes, en certaines circonstances, que l'on oubliait tout pour croire que l'on pourrait recommencer à zéro dans le sens d'une meilleure tolérance de tout un chacun. Il est ainsi, en vous, pris dans une collectivité, de ces bouffées d'espoir formidables. Bien naturellement, elles ne durent pas! Ce n'était que le grand rêve de la fraternité universelle vite ramené à sa juste valeur!