70. Henri Giriens, instituteur et rédacteur de la FAVJ (1873 ? - 1926)
Le Sentier, à l'époque où Giriens enseignait
  Il nous arrivait parfois des gens de l'extérieur, surtout pour repourvoir les postes d'instituteurs, alors que les Combiers, pour l'essentiel, avaient déserté l'enseignement pour s'adonner à l'horlogerie.
    Et ces gens de l'extérieur, parfois, avaient un caractère plus ouvert que ne le possédaient les natifs, plus enjoué aussi. Tel fut Henri Giriens, instituteur, ayant achevé l'Ecole normale en 1893 pour être nommé instituteur de la IIme classe du Sentier. Il y fut comme un rayon de soleil dans une tradition scolaire grise et sévère.
    Et c'est là, dans cette modeste école de village où il sembla se plaire, loin de déprimer comme on aurait pu le croire dans cette vallée austère et lointaine, qu'il va exprimer ses talents pédagogiques. C'est là aussi qu'il va repérer une de ses élèves, il sut presque la prendre au berceau! dont il fera bientôt sa femme. On ne sait si la chose plut à la classe étroite et renfrognée des bigots de l'endroit, mais dans tous les cas l'homme, globalement, ne perdit rien de sa popularité.
    Il s'était si bien intégré, société par-ci, société par-là, qu'on lui confia le poste de rédacteur de la FAVJ. Alors, c'était en 1909, tout de même quatorze ans après son arrivée au Sentier, laps de temps qui lui avait permis de comprendre la région dans tout ce qu'elle a de particulier, qu'il prit la succession de Samuel Aubert qui à ce moment-là, sauf erreur, souffrait d'une grave dépression et souhaitait être déchargé de fonctions qu'il exerçait depuis une bonne quinzaine d'années.
    Ce successeur ne devait pas démériter. Il remplit ses fonctions à merveille et,  tout autant que son prédécesseur, sut donner à notre journal local une bonne tenue et un grand intérêt.
    Henri Giriens et Marguerite (si tel est son prénom) eurent deux enfants: Edouard-Olivier et Rose-Marie. Le premier sut prendre la succession de son père au décès de celui-ci. Y eut-il une reprise au pied levé, ou quelque rédacteur d'occasion officia-t-il quelque temps? C'est ce que pour l'heure nous ne savons pas. Toujours est-il que le fils Giriens fut encore plus brillant que le père et offrit à la FAVJ, non seulement des chroniques régulières propres à la région, mais une analyse hebdomadaire de la situation internationale dont la qualité rendait jaloux les grands journaux de la capitale. Et fait extraordinaire, cette chronique fut produite pendant des décennies sans qu'il n'y ait jamais eu d'interruption. Il signait Géo, Gédéon, Rs.
    Revenant à Henri dont nous aurions aimé posséder une photo, il en est de même pour son épouse "Marguerite", il eut une fin digne des grandes âmes et des solides bonhommes pour lesquels l'au-delà se doit d'être affronté avec courage et philosophie. Ainsi, s'adressant à ses camarades d'Ecole normale, pouvait-il écrire ceci:
    "Le camarade du Sentier a été opéré hier pour la quatrième fois et la Faculté lui a annoncé qu'il n'était plus qu'un lumignon fumant, ce qui fait que, malgré tout son désir, il ne pourra prendre part à l'assemblée de Morges. Le moribond envoie à ses vieux amis ses dernières et meilleures salutations... Encore une poignée de main à tous ceux de la classe".
    C'était digne et résumait la vie de ce sympathique et inoubliable personnage.