65. Un déserteur - invité -
Le poilu selon Tardi
  Nous n'en connaîtrons assurément jamais le nom. Il était de Roubaix. En pleine guerre mondiale, alors qu'il avait obtenu un congé de quelques jours, notre homme, au front depuis près de 21 mois où il a vu les horreurs de la guerre dans leur sinistre réalité, avec la vision quotidienne de ses copains qui partent en morceaux sous l'effet des bombes allemandes, il fuit le sol français pour gagner notre territoire.
    Ouf! pouvait-il dire. Régularisant provisoirement sa situation, il put dès lors travailler chez M. Piguet, ferblantier au Brassus.
    Nous ignorons ce qu'il advint ensuite de ce brave poilu. Put-il continuer à travailler chez son employeur, rentra-t-il au pays après la guerre ? On sait qu'alors il y aurait été jugé et puni sévèrement. Tout cela parce qu'il ne pouvait plus supporter de voir ses collègues de tranchées voler en éclats !
    Dure est la société humaine. Car voilà le terme déshonorant dont on l'affuble: déserteur ! Crime pire que de fabriquer des canons qui vont vous tuer des milliers d'êtres humains.
    La fuite de cet homme, et surtout le courage qu'il eut pour l'accomplir, avait été relatée dans la FAVJ en un article très sobre. Qui constitue aujourd'hui même un témoignage irremplaçable. Et c'est pourquoi nous vous le proposons aujourd'hui et que nous intégrons notre fugitif parmi les grandes figures combières, et même s'il n'a fait peut-être que de passer.