63. Du bois devant les maisons.
Léon Aubert du Solliat, châpleur de profession, vous donne bien le bonjour!
    Impossible autrefois, de se soustraire à la corvée de bois. Qui, en fait, durait une partie de la belle saison. Elle se faisait entre les autres grandes activités agricoles. On sortait le bois de la forêt quand on le pouvait, puis on le sciait et on le bûchait sous le néveau les jours de bargagne, pour le mettre à sécher ensuite sous le soleret, qui n'est autre  que la partie haute de cet élément traditionnel de notre architecture, ou en belles têches le long de quelque façade. Il y resterait jusqu'à ce qu'il soit bon sec pour être entassé à l'intérieur, ou jusqu'à son utilisation. Quel boulot! 
    Impossible donc de s'y soustraire. Pour la simple raison qu'il n'y avait pas d'autre combustible. Ni charbon, ni mazout, juste un peu de tourbe à la rigueur, encore que ce combustible,  non seulement faisait beaucoup de fumée, mais en plus dégageait peu de chaleur. C'était celui du pauvre, disait-on. On lui préférait naturellement le bois, et le fayard en particulier, dont le poids supérieur à celui du sapin, lui assure en conséquence un meilleur rendement au m3, au stère disait-on. 
    Et ce bois de feu devant les maisons, en belles têches dont il y avait de vrais spécialistes, que pas un bout ne dépasse, surtout quand l'on se fit horloger!, décorait harmonieusement les maisons, les rendait plus habitées, leur offrait cette certitude qu'ici la réserve était suffisante pour passer l'hiver au chaud derrière son fourneau. Car il fut un temps, quand même, où l'on abandonna la grande cheminée, pour se munir d'un ou de plusieurs poëles plus faciles à gérer et aussi moins gourmands pour une même quantité de chaleur. 
    Ainsi fut-il. Un bois duquel on se détourna quelque peu dès qu'il y eut du charbon, et tout à fait quand il y eut du mazout. Tu fais venir le camion citerne, il te remplit le réservoir, et alors t'as plus besoin de rien faire. Tout se fait tout seul. Et cela te donne par exemple, l'illusion, bien qu'elle soit fausse, l'avenir le prouvera, que tu n'as vraiment plus besoin du bois!