61. Voituriers, charretiers, porteurs et autres.
Voituriers ou charretiers d'antan.
    Nécessaires depuis la nuit des temps, allant d'une région à l'autre, ou même d'un pays à l'autre, franchissant les cols, longeant les vallées, bref, se déplaçant sans cesse, à pied ou avec leur équipage, chars et chevaux, tandis que l'ensemble de leurs concitoyens ne bougeait que peu. 
    Ils allèrent dès l'aube de notre colonisation se ravitailler en sel du côté de la Franche-Comté. Ils devaient charrier les vins de nos braves abbés qui ne s'en privaient pas. Ils descendaient des bois de la Vallée à la plaine, troncs, poutres ou planches. Ils ne remontaient jamais naturellement sans prendre en contre-voiture les denrées qui nous étaient nécessaires. Bientôt ils charrièrent quantité de fromages, sur la plaine, mais surtout sur Lyon, où les marchands grossistes les achetaient pour la marine de France, par exemple. 
    En fait, en belle saison, et même en hiver, quand les routes et chemins s'y prêtaient, c'étaient des déplacements incessants. Le mythe d'une Vallée fermée, repliée sur elle-même, est naturellement faux. On voyageait beaucoup. Sans pour autant inclure en cela la totalité des habitants. Car nombreux parmi  ceux-ci n'avaient pour horizon que leurs modestes montagnes, et à peine s'ils étaient allés en plaine une fois au moins dans leur vie. Mais les autres parcouraient les km pour eux, sans cesse en déplacement, sans cesse commerçant. On se bouge, on troque, on vend, on descend, on remonte, bref, c'était cela la vie de tous les jours. 
    Auguste Piguet tente de l'expliquer.