61. Comment fixer une limite, par Philippe-Sirice Bridel.
Du côté du Carroz et de la Roche Bresenche par Auguste Reymond, photographe.
    Il s'agissait, en 1648, de fixer les limites entre la Vallée de Joux et la Franche-Comté, alors possédée par les Espagnols : les députés des gouvernements respectifs étaient venus de Berne et de Besançon sur la frontière, et ils devaient entre autres placer une borne à une lieue vulgaire du lac des Rousses, comme le portaient les titres des anciennes limites. Après de longs débats sur ce qu'il fallait entendre par une lieue vulgaire, voici comment on s'y prit pour la déterminer. Les députés choisissent deux hommes, à peu près de même force et de même âge, l'un Franc-Comtois et l'autre Suisse ; ils les font partir à la même minute de l'extrémité orientale du lac des Rousses, et leur prescrivent de marcher, sans courir, le long de l'Orbe du côté du Chenit, et de s'arrêter au signal qu'on leur donnerait, quand l'heure serait écoulée. Naturellement, le Suisse, qui désirait reculer les frontières de son pays chemina plus lentement que le Franc-Comtois, qui voulait avancer les siennes ; aussi, au bout de l'heure de marche, ils se trouvèrent à une assez grande distance l'un de l'autre. Les députés arrivent ; ils mesurent cette distance ; ils en prennent exactement le milieu, et à ce terme moyen, ils placent une grande borne, sur laquelle on voyait encore, il n'y a pas longtemps, d'un côté les armes d'Espagne et de l'autre celles du canton de Berne. 

                                                                                           Et c'est tout!