5. Vieux souvenirs - FAVJ du 21 mai 1926 -
Tel qu'on s'amusait à l'Orient-de-l'Orbe à la fin du XIXe siècle.
    En cette fin de saison pendant laquelle des soirées de première valeur nous ont été données, témoins certaines copieuses relations qu’en a publiées notre Feuille d’Avis à jet continu, il revient à ma mémoire de grand-père le souvenir de la première soirée littéraire et musicale qui eut lieu à l’Orient il y a plus de quarante ans. Cela fera un compte-rendu de plus, mais qu’importe : sur la quantité, comme sur la qualité, ce n’est pas un de moins…    
   
Elle fut donnée par une société de jeunes filles que la malice populaire avait baptisée « L’Amorce », parce que, soi-disant, son vrai but était d’attirer l’attention des garçons, toujours volages, et de provoquer… des mariages. Au dire de quelques-unes, cette institution divine, sanctionnée par « les pétabossons », était alors dans un état de chômage qui menaçait d’être très long et surtout regrettable.
   
    Quoi qu’il en soit, ces demoiselles avaient étudié une pièce, des chants, des duos et autres productions originales, de quoi composer un joli programme. Avec courage elles firent construire une scène à l’Hôtel de la Croix fédérale (dont nous autres vieux conservons pieuse mémoire) ; en dépit d’une vilaine journée d’hiver, la soirée réussit ; la salle fut beaucoup trop petite ; on y étouffait, mais aucun n’aurait voulu abandonner ce spectacle si nouveau dans la localité.