5. Journal d'un pèlerinage à la vallée de Bagnes et au St. Bernard, par Philippe-Sirice Bridel - extrait du Conservateur suisse, volume dixième, 1857 -
Quelque part dans le val de Bagnes...
    Le Doyen Bridel (1757-1845), souvent dénigré, tout au moins mésestimé, était pourtant un personnage assez extraordinaire et dont l'oeuvre est véritablement formatrice. Certes, l'homme, selon l'air du temps, dans ses essais de versification, était bien ordinaire. Mais dès qu'il en revenait à sa prose coulée, digne continuateur de Rousseau, il excellait.
    Le doyen Bridel, tenant de l'ancien régime qu'il tenta de défendre en vain, et non sans que cela ne lui crée des inimitiés nombreuses, est ce que l'on pourrait appeler un patriote. L'histoire de son pays lui est chère, mais le territoire lui-même lui est encore plus précieux qu'il arpente en tous sens. Grandes et nombreuses promenades desquelles il tire presque toujours des narrations du plus haut intérêt. Renaissent ainsi les moeurs et coutumes des populations qu'il a pu connaître.
    Cette fois-ci notre auteur s'en est allé, sac au dos, gourde en bandoulière et canne à la main, du côté du val de Bagnes. Les kilomètres ne lui font pas peur, ni les escarpements les plus rudes non plus. Et c'est en ces altitudes qu'il rencontre une nouvelle fois les chalets et les bergers dont il donne ici une bonne description. Certes le Valais, sur le plan de l'économie alpestre, n'est pas la Gruyère, mais ce canton connaît aussi malgré tout la vie des alpages et sait produire des fromages qui feront leur chemin dans la longue liste des productions nationales: le bagne.