55. Une course dans les Alpes en 1900 par Samuel Aubert + note sur l'exploitation du glacier de Saleinaz
Maisons à Praz-de-Fort.
    Donc, ayant accepté l'invitation d'un ami lausannois, le 15 courant (juillet 1900), nous prenions à Lausanne le train qui part pour Martigny, à 5 h. du matin. Le convoi est bondé d'excursionnistes de tous genres, depuis le simple amateur de grandes routes jusqu'à l'ascensionniste armé du grand piolet. A Martigny la chaleur est accablante, et la diligence fédérale nous conduit, oh! combien lentement, jusqu'à Orsières. De ce village, nous continuons à pied jusqu'à Praz-de-Fort dans le val Ferret. Praz-de-Fort! ce nom évoque des réminiscences: le chevrier de Praz-de-Fort, Gaspard Gros, le touchant récit d'Eugène Rambert. On nous fait voir l'étable qu'habitait Babi, la chère préférée du petit Gaspard. Mais la cabane de Saleinaz, située à 2700 m. est notre objectif ce jour-là. Il est 3 heures, 5 heures sont nécessaires pour l'atteindre; aussi nous partons. Nous suivons d'abord les moraines du glacier de Saleinaz qui descend à 1600 m, puis les pentes couvertes de rhododendrons qui dominent le glacier, semblable à un torrent furieux, aux ondes subitement figées en gigantesques séracs. Puis se sont les éboulis de granit, les cailloux descendus des sommets voisins au travers desquels le chemin se perd.