53. Une course scolaire dans les Alpes en 1904, par EC.
Prendre le bateau, quel bonheur!
    Une éclaircie se fait subitement au ciel et le soleil resplendit de nouveau. Sera-ce pour longtemps ? Non, hélas ! car à peine embarqués à bord du Bonivard, l’orage éclate de plus belle. Le vent soulève des vagues énormes qui battent avec fureur les flancs de notre coursier. Nos jeunes loups de mer supportent très bien la traversée. Avec ce temps, force nous est donnée de rester à l’intérieur du bateau. Adieu la vue !… Bien bas, se traînent maintenant les nuages, noyant dans leur blancheur le splendide panorama qu’offre la Côte d’Azur. Un sommet se montre par ci, par là, crevant la nue. Pour tous, c’est une désillusion complète. Dans les vignobles de Lavaux, les canons à grêle grondent et mêlent leurs voix à celle plus puissante du tonnerre.
    Nous arrivons à Ouchy et nous courons, sous une pluie diluvienne, au funiculaire qui nous transporta au centre de la ville. De là, ce fut une course folle à travers les rues de Lausanne, et on arriva aux casernes mouillés jusqu’aux os, crottés, les robes en lambeaux – cela vous occupera un peu, Mesdames ! – Et votre très humble serviteur arriva… bon dernier, suant, soufflant, toussant, maudissant tous les faiseurs de beau ou de mauvais temps qui n’ont pas eu le tact de nous dire qu’il pleuvrait.