46. Le scieries.
Ainsi était la scierie des Charbonnières.
    Nous avons longuement débattu de chacune de celles-ci - mis à part les inévitables oubliées - en un chapitre particulier. Elles furent nombreuses. Il n'en reste plus qu'une seule aujourd'hui, alors que pourtant nos forêts n'ont rien perdu de leur productivité, au contraire, se portent comme un charme, avec même pour certaines, une tendance à l'embonpoint! 

    Le pourquoi de cette disparition progressive de toutes nos scieries serait à analyser dans le détail, ce qui ne pourra pas être de notre fait. Nous constatons seulement cette disparition que l'on pourrait estimer tragique, au vu de notre haute tradition du travail du bois sous toutes ses formes. Et point ne reviendront, puisque les grandes scieries du pays ont déjà de la peine à survivre. Pour elles l'explication est plus simple, le marché du bois est en berne, non pas parce qu'on n'en consomme plus, plutôt  que l'essentiel nous vient de l'étranger, lamellé-collé ainsi que le demandent les entrepreneurs qui ne veulent plus que les bois qu'ils emploient bougent. Aient encore une vie au coeur de leur matière, quoi! 
    Et ces scieries, elles en occupaient, du monde. Scieur, un métier certes difficile et qui se déroule dans des conditions l'hiver fort éprouvantes. Mais il est probable aussi que ces hommes, malgré ces difficultés, aimaient leur métier, l'odeur du bois, de l'écorce, de la sève, l'odeur de la sciure... Il y avait là toute une ambiance que nos descendants ne retrouveront plus. D'où notre volonté, aujourd'hui, pendant qu'il en est temps, de fixer, si faire se peut, ce monde fascinant du bois.