42. La Laisinette-dessous.
La porte de l'écurie.
    On se rapproche du Graal. Voici la Laisinette-dessous, mais non un alpage, une ferme, qui était autrefois habitée à l'année. L'un de ses propriétaires y décéda au mois de février 1850. Ce qui est la preuve d'une habitation durable autrefois.
    La région dépend de Mouthe où l'on devait se rendre souvent. L'affaire d'une bonne heure.
    La Laisinette-dessous garde une belle allure générale. C'est là une de ces anciennes fermes avec double rangée d'écuries, un solin sur chacune de celles-ci.
    Nous ignorerons probablement à jamais comment se présente l'intérieur. Un coup d'oeil sur le toit nous montre que la grosse cheminée, le tuyé, n'existe plus depuis des lustres. Il n'y a donc pas lieu de croire que tout soit resté purement traditionnel, mais au contraire que des transformations successives ont lourdement attenté à des structures anciennes.
    Nous avons remarqué la qualité excellente des champs de proximité où leurs propriétaires ont toujours su ce qu'épierrer veut dire. Tous ces cailloux que sans cesse on ramassait, d'autant plus quand il s'agissait de labourer des parcelles. Mais n'est-on pas bien, après tout, à la Laisinette,  n'est-ce pas là un petit monde que l'on pourrait habiter sa vie durant, sans se soucier de ce qui passe ailleurs ?
    Hélas, c'est qu'en France, dans les temps passés, on n'était jamais vraiment tranquille, et qu'il fallait toujours se méfier des temps futurs qui savaient vous concocter des événements et des guerres dont vous seriez partie intégrante, et dont parfois vous ne reviendriez pas.
    Ainsi il se peut que ces saignées régulières, aient elles aussi contribué à accentuer la désertification de ces lieux qui nécessitaient pour vivre des forces jeunes et vives, qui, en conséquence, avaient fait défaut. D'où parfois, et même souvent, la transformation de ces belles parcelles en simples pâtures.