39. La vie à la montagne, par H. Lehmann, 1905.
Intérieur d'un chalet
    On n'occupait pas tous les alpages à la même époque de l'année et on ne les quittait pas non plus au même moment. Car il fallait tenir compte non seulement de l'altitude, mais encore de l'état du temps. En général on montait au commencement de juillet pour redescendre dès la fin de septembre, au plus tard à la Saint-Michel, qui tombe sur le 29 septembre; c'est ce que prescrivait une ordonnance de police.
    La montée était pour les vachers et leurs valets une vraie fête. On partait en cortège en poussant des cris de joie et en chantant le ranz des vaches de Berne ou d'Appenzell, qui étaient très populaires dans la Suisse orientale; on s'ornait de bouquets de fleurs mêlées à des pailettes de clinquant. La fiancée décorait son fiancé, la soeur son frère. La vache de  tête ouvrait majestueusement la marche avec sa clochette attachée à une large courroie richement ornée; les animaux les plus beaux et les plus gros du village la suivaient. Un antique dicton faisait crier joyeusement au vacher montant à qui on demandait:
    - Où allez-vous ?
    -  Ha!ha! vers l'alpe, vers l'alpe!
    Au retour on lui demandait:
    - D'où venez-vous ?
    Il répondait tout bas:
    - De l'alpe, hélas!