37. Images de Paris I - 2005 -
Galeries Lafayette, les plus belles du monde!
    Nous irons en ville avec modestie. Plus, avec humilité, sans y amener une quelconque parcelle de nos prétentions. Humbles en hommage à tous ceux qui y ont vécu et souffert, humbles pour nous y noyer sans faire aucune étincelle. Nous serons des ombres. Nous nous diluerons dans la ville pour oublier qui ailleurs nous sommes, et ce poids immense qui est notre moi égoïste et  insupportable. Nous ne serons plus rien, que deux yeux, qu’un nez et deux oreilles. Pour voir. Qu’un cerveau, pour enregistrer. Nous ne demanderons rien à personne, nous n’exigerons surtout rien, ni des uns ni des autres. Nous nous glisserons entre les autres sans faire de bruit. Et c’est ainsi que nous irons dans la ville, non pas forcément rasant les murs, mais d’une démarche qui ne démontrera aucun esprit conquérant. Oublions-les, tous ces m’as-tu-vu dont la destinée est formidable, très nettement au-dessus de celle des autres. Des infirmes de la tête, dans le fond, de croire de telles insanités, de penser, ne serait-ce qu’une seconde, qu’ils puissent surpasser les autres. Etre dans la ligne, et même au-dessous, ne leur plaît pas. Et pourtant, c’est ici et non pas ailleurs que l’on est bien. Que personne ne nous voie, que personne ne nous agresse, que nous soyons indifférents à tous, pour mieux la voir et la comprendre, la ville. Nous serons murs, toits, soleil, nous serons nuages, petites rues, jolis et grands jardins. Nous serons encore ancienneté, nous attardant sur ce qui recèle une histoire, et pas toujours gaie. Combien sont-ils morts dans des révoltes, des combats, des protestations ? Combien qui voulurent dire non. Les non ne sont jamais les bienvenus. On tire. On emprisonne. On torture. On anéantit. On voudrait faire si bien que le souvenir même de ces non serait oublié. Et qu’en plus il serait impossible à retrouver, jamais.