35. Un cyclone dans le Jura, par Lucien Reymond
Une maison sinistrée par le cyclone de 1890, du côté du Campe.
    Si le Jura n'a pas les grandioses panoramas des Alpes, leurs pointes élancées, leurs glaciers et leurs neiges éternelles, il ne mérite pas moinjs cependant d'attirer l'attention et les pas des touristes. Ses vieilles sapinières, ou l'arabette et la marguerite des bois balancent leurs tiges flexibles; ses gras pâturages, où fleurissent les gentianes et les saxifrages, ne sont pas sans charmes; ses sites, pour être moins pittoresques, ne laissent pas d'inspirer une poésie douce et mélancolique.
    S'il n'a pas des cols, encaissés dans de profonds ravins, des Gemmi et des Fourca, le Jura possède quand même des routes se déroulant en contours sinueux et accidentés au travers d'une végétation riante, offrant les coups d'oeil les plus variés.
    Par une belle journée du mois de juillet 1890, un voyageur gravissait une de ces routes, celle du Marchairuz. C'était un homme jeune encore, de haute taille, vêtu d'habits légers de la saison et coiffé d'un chapeau de paille. Il avait à ses épaules un sac de voyage et une ceinture rouge serrait sa taille.