35. En mer, résumé des notes de voyage d'un Combier, 1914, par Paul-Edouard Rochat
La mer, inquiétante et mystérieuse quelque soit sa beauté.
    La vie à bord s’organise. Les 20 officiers occupent toutes les cabines. Nous, les vulgaires civils, sommes entassés dans l’arrière de la salle à manger-salon, sur des couchettes disposées en gradins, juste sur l’hélice. Aussi, dès que le roulis se fait un peu sentir et que l’hélice sort de l’eau, ce sont des sauts dans toutes les directions et  plus d’un se retrouve souvent dans la couchette du voisin. N’importe, la situation est prise du bon côté et ce ne sont que rires et plaisanteries une bonne partie de la nuit. Personne ne « s’en fait », sauf peut-être le père Hureau, mon protégé, qui n’a jamais l’air bien rassuré. Dès le premier jour, toutes les mesures sont prises à bord. Chacun a son poste respectif et doit se trouver ou rejoindre tel canot en cas de torpillage. Au pied de chaque couchette, une ceinture en liège est disposée, prête à endosser. Les signaux de la sirène ont la signification suivante : un coup prolongé, sous-marin en vue ; trois coups brefs, au poste de sauvetage ; six coups brefs, abandon du navire. Les passagers sont avisés que des exercices de sauvetage vont avoir lieu incessamment et sans avertissement. La nuit, interdiction de fumer sur le pont et d’allumer une allumette, aucune lumière sur le pont du navire. Dans les cabines les hublots sont munis d’une triple fermeture et il n’est toléré qu’une bougie.                                                                    Paul-Edouard Rochat