34. Venise en 1773, par Charles-Victor de Bonstetten.
Charles-Victor de Bonstetten (1745-1832)
    Tout est mystérieux dans cette république, l’antique produit des âges. En carnaval, à peu près tout le monde, même dans les rues, est masqué. Je fus présenté en « bahuto », c’est-à-dire en habit de masque noir, espèce de manteau noir ouvert par devant, sous lequel on met comme une chemise de dentelles noires ; la tête, enfermée dans un bonnet, ne laisse voir que le visage qui, le plus souvent, est aussi couvert d’un masque. Ainsi affublé, on va à peu près tous les soirs au Ridotto. C’est un immense bâtiment carré. Trois côtés du carré sont employés à la danse et au jeu, le quatrième est un vaste café divisé en loges. Au Ridotto, on est obligé de se masquer le visage. Il n’y a guère que les étrangers qui s’en dispensent. Je fus plusieurs nuits de suite abordé par des masques aimables ; on n’a pas d’idée de la facilité avec laquelle on fait connaissance sous les masques.                                                                    Charles-Victor de Bonstetten