34. Ces maudites copies
Quatre malotrus
   L'affineur, disons plutôt aujourd'hui le marchand de vacherin, connaît la souffrance des méventes par automnes trop chauds, par la concurrence déloyale alors que les collègues vous font chuter les prix au-delà de toute légitimité. Il sait ce que c'est que de perdre des clients. Il n'ignore pas les retours de marchandise. Bref, il a été forgé au fer et au feu, de manière à ce que plus rien, en apparence, ne pourrait  l'atteindre.
    Ce qu'il ne saurait par contre admettre, c'est que l'on copie son produit, tout ou en partie, avec l'introduction dans un nouveau type de fabrication d'un fromage de toutes les caractéristiques du vôtre, sauf une, ce qui permettra à son producteur avec une rare aisance, si d'aventure il devait se trouver traîné devant un  tribunal pour contrefaçon, de se tirer d'affaire. Ainsi il pourra poursuivre vaillamment son chemin de malhonnête sans ne plus être inquiété par les instances officielles qui lui auront donné raison sur toute la ligne.
    Ces entorses à l'honnêteté intellectuelle sont insupportables. Elles le sont d'autant plus que si en principe elles sont interdites, dans la réalité des cas elles sont parfaitement tôlérées. Ce qui revient à dire que pratiquement rien ne vous protège et que les menaces sur votre produit seront toujours permanentes. Ainsi si  demain Charles ou Louis vous met sur le marché un vacherin qui n'aurait qu'une seule différence, c'est qu'il aurait une patate en robe des champs au milieu de sa pâte,  il peut mener grand train. Et si les affineurs traînent l'indécent devant les tribunaux, il pourra se permettre de leur faire un grand pied de nez et ensuite aller boire un verre à la sortie  à leur bonne santé.
    Ce qui revient à dire qu'il faudra toujours veiller, lutter, surtout ne pas se laisser abattre, comme disait notre bonne grand-mère dans les moments difficiles!