2. Un artisan d'autrefois
Doret au petit marteau
    Ingénieux, il avait développé une fabrication semi-industrielle de boîtes à vacherin. Quand vous alliez là-bas, dans son atelier de production, ou mieux encore dans le local où il entreposait ses immenses piles de boîtes, ça sentait bon le bois et la sciure. Et les numéros que l'on demandait, il vous les mettait au fond d'un sac que vous chargiez ensuite sur votre petit char.
    Cet atelier, on le trouvait  à l'autre bout du village, en direction du Pont. Et ce n'était pas toujours facile de s'y rendre par ces temps de neige et de bise où ce quartier, en pleine exposition, les courants ayant pris leur élan sur toute la longueur du petit lac, était pratiquement inviable, surtout quand vous passiez entre les maisons et que la neige, lancée avec une fureur impitoyable, vous fouettait le visage.  Mais l'hiver, dans le fond, avec ses duretés, ses neigées, ses bisées, ses coups de froid où la température descendait facilement à -20o, on l'aimait. Et des boîtes vides, en somme, ça ne pèse guère.
    En rentrant, car c'était souvent en fin de journée, à la hâte, que l'on nous envoyait chercher des numéros que l'on n'avait plus, on voyait les paysans qui sortaient le fumier des écuries. Et sur le tas sur lequel ils étaient montés par une large planche, ça fumait.
    Et on le savait, dans les maisons, dans les cuisines chaudes, les dames, elles clouaient.
    Alors, tout le monde étant occupé, on ne faisait que participer nous aussi à cette grande activité, à cette fièvre, pourrait-on dire. Et ainsi il aurait été hors de question de se plaindre.