2. Le Ranz des vaches, de Charles Gos.
Un légionnaire fribourgeois chante le Ranz des vaches, illustration de Bovard.
  La légion étrangère bivouaquait ce soir-là à l'orée du désert. L'étape avait été longue et le jour brûlant. Tard, l'ordre de faire halte était venu. La colonne s'arrêtait. Les compagnies se rassemblaient. On organisait le bivouac. Les légionnaires avaient touché la soupe. Un certain mouvement animait le camp, et la nuit tombait. Un grand feu flambait au milieu du bivouac, éclairant de vives lueurs les soldats groupés autour.
    La colonne, par marches forcées, devait rejoindre les troupes d'avant-garde attaquées par les rebelles. Et le terrible imprévu des prochains jour ne troublait point la quiétude des hommes.
    Etranges physionomies que ces légionnaires, déserteurs de la vie, drapant d'oubli leur passé! On ne pouvait s'empêcher d'admirer l'abnégation de ces héros anonymes qui, demain, pour le drapeau tricolore, iraient se faire trouer la peau.