29. Venise, sixième chant - par Antonio Busi -
Venise vue par Willy Vandersteen.
   Enfin il neigeait sur la  cité. J’étais monté une fois de plus dans la vieille tour inhabitée dont  j’avais la clé moi aussi. J’avais gravi les escaliers de pierre en colimaçon et du haut de cette étrange bâtisse en laquelle pourtant toujours je me sentis bien, par une large ouverture qu’il y avait dans le mur, les pierres étaient glacées quand je m’y appuyai, je pus voir les toits de la ville. C’était admirable. J’étais seul, il n’y avait là-haut que le grand silence. La neige recouvrait les toits. On  devinait cependant encore la forme des tuiles, ces romaines mises les unes sur les autres et qui vous donnent si facilement des gouttières, car, avec le temps, et la pesanteur, elles glissent et découvrent des espaces plus ou moins larges par lesquels l’eau des orages ou des pluies persistantes passe pour aller noyer les charpentes, les teinter de ce brun presque noir, quand il s’agit de poutres de chêne et puis bientôt commencer à les pourrir. Le temps fait son œuvre, et en particulier sous les toits quand ceux-ci ne sont guère entretenus.    
    On sentait la neige. Quelle ambiance étrange et magnifique, nous mettant hors du monde ordinaire pour nous faire accéder à un univers magique où les règles sont différentes, toutes entachées de mystère et de légèreté. C’est, en quelque sorte, comme si vous retrouviez une enfance perdue, celle-ci si précieuse  à vos yeux.