29. Une course dans le Jura au XVIIIe siècle, par Lucien Reymond, 1896.
Le Mont-Tendre.
    Le lendemain, Donald prit la route du Mont-Tendre. Il visita les ruines de l'ancien couvent des Prémontrés sur lesquelles est bâti le village actuel de l'Abbaye, les restes de ses murs d'enceinte, ses fossés et ses réservoirs à poissons. Après une visite à la source mystérieuse de la Lionne, il gravit la pente couverte de forêts et, après deux heures de marche, il arriva sur le sommet de la montagne.
    Là, comme sur la Dent de Vaulion, il put constater la flore particulière et spéciale des sommités du Jura: la soldanelle à côté de la neige, pendant que le lis martagon, la violette jaune et la grande anémone blanche s'épanouissent dans les fissures des rochers, mais ce qui surprit le plus le jeune homme, ce fut, en approchant de ces lieux si solitaires d'habitude, d'entendre le son d'instruments, le bruit de chants et de rires joyeux. Bientôt un specacle aussi pittoresque qu'inattendu s'offrit à ses regards. Sur une petite esplanade, un fruitier, une guitare à la main, jouait un air de valse; autour de lui dansaient, ou plutôt cabriolaient, une douzaine de couples en costume de campagnards. Tout autour, des groupes couchés ou assis parlaient avec animation en vidant quelques bouteilles et dînant de provisions étalées sur l'herbe.
    C'était la fête de la St.Jean qui, autrefois, se célébrait sur le sommet du Mont-Tendre. Les fruitiers des nombreux chalets environnants en formaient le noyau auxquel venaient se joindre les habitants des deux versants de la montagne.