288. La forêt
Le sol en était recouvert d'une mousse d'un vert profond, presque étrange.
    Cette forêt mystérieuse, si tu y es seul,  perdu dans son immensité, si un grand vent joue avec les cimes dans ce grand bruissement triste, t'apparaîtra vraiment comme un autre monde. Où les règles sont différentes de celui que tu connais d'ordinaire. En elle, parce qu'elle te domine, et de combien de hauteur, et de combien d'années, tu t'interroges sur la position de l'homme dans l'univers. Est-il encore possible de réfléchir ? De se poser des questions fondamentales ? D'aller parfois contre la tendance générale qui lamine les particularités, tue aussi cette petite révolte que tu sens monter en toi, parce que tu ne voudrais pas être comme les autres, simplement ? 
    La forêt est vaste, incompréhensible. Elle t'accueille sans le savoir. Un jour tu lui trouves une âme, un autre elle ne t'offre que son indifférence, parce que simplement elle sait qu'elle peut aller seule, qu'elle n'a pas besoin de toi pour vivre, qu'elle poursuivra ses cycles longtemps encore après que toi, tu aies disparu, ou même que l'homme, dans son ensemble, ne sera plus là pour la voir.