27.Du côté de Taveyannaz II - La Grange - 2010 -
A Gryon.
    L’homme irait son chemin longtemps encore. Car s’il avait travaillé une vie entière, et son activité devait se mener sur trois niveaux, le bas avec la vigne, le village avec son domaine et les hauts, avec sa montagne, ce qui faisait comme trois vies dans l’année, il ne s’était pas véritablement usé comme certains qui forcent leur corps pour gagner en vitesse et en intensité. Lui, il avait aimé le travail pondéré, celui que l’on fait avec application, d’une manière correcte, sans à coups, sans arrachées d’aucune sorte, sans colère, et surtout vis-à-vis de ses animaux qu’il avait toujours soigné au mieux et qu’en plus il avait aimé. Il lisait dans leurs yeux des vies certes autres, mais avec une complexité telle qu’elle l’avait bien souvent amené à s’interroger sur le contenu réel de notre civilisation parfois si prétentieuse qu’elle en néglige les plus simples réalités et qui prétend toujours avoir raison.    
    
Notre homme était devenu ainsi un philosophe, et plus encore dans la dernière partie de sa vie, quand le fils avait repris le domaine, et que lui n’était plus là que pour donner un coup de main. Certes régulier,  de tous les jours même, mais sans que cela ne l’engage plus comme avant. Il préférait désormais obéir plutôt que commander, ce que d’ailleurs il avait toujours fait avec une retenue profonde, peu enclin à imposer aux autres ce qu’ils peuvent accomplir finalement d’eux-mêmes, quand on a de la bonne volonté.