26. Autour du lac Brenet, le Creux-Martinet.
La région de Bonport, avec au premier plan le Creux-Martinet.
    Le Creux-Martinet. C'était autrefois un entonnoir. Il eut ses heures de gloire quand l'eau qui s'y engouffrait, un peu à la manière de l'entonnoir du Grand Creux voisin, faisait mouvoir un martinet. Cela devait résonner, dans le coin, et quelle activité métallurgiste. Notamment sous l'égide de Rigaud. 
    Et puis l'on supprima le Martinet quoiqu'il ait pu rendre d'appréciables service pendant des siècles. Il est vieux, ce passé, et long! 
    L'entonnoir voyait toujours néanmoins s'y engouffrer l'eau du Brenet, ce qui créait un petit lac intérieur. Puis vint la nécessité de garder toute cette eau qui devait servir désormais servir à alimenter l'usine hydroélectrique de La Dernier. On mura l'entonnoir. L'eau n'y arriva donc plus. Ce fut un vaste creux. On en vint à le considérer un jour comme la décharge du village. On allait à Bonport désormais non plus pour se promener, mais pour se délester de quelque chose. Avec des petits chars d'abord, puis avec des véhicules. Le remplissage allait bon train. Tant et si bien qu'arrivé presque au niveau du sol avoisinant, il convint de cacher ces affreux résidus. De la terre d'une ou deux constructions récentes on en fit un tapis, le tout fut ensemencé et constitua le champ que l'on peut découvrir aujourd'hui en ces lieux. 
    Le martinet ne résonnera plus. Ni non plus nous ne pourrons aller ruclonner au Creux-Martinet, tâche qu'il nous convenait de mener à bien presque une fois par semaine. Et s'il y avait quelque chose de nouveau là-bas sur quoi l'on ne pourrait mettre la main, parce qu'arrivés trop tard ? 
    Il y avait aussi à proximité du Creux-Martinet, à quelques dizaines de mètres au-dessus, la grotte de Bonport. Et c'est là que nous venions cuire nos petites pommes sauvages que mon père appelait butzines. Des butzines immangeables tant elles étaient acides, et pourtant, quand on est gamin et que cela est le fruit de votre récolte, il n'est pas question de renâcler. Aussi les mangions-nous quand même! 
    Bonport, le Creux-Martinet, mes amis, une sacrée époque. Si belle, vraiment, qu'on peut la regretter. Il y avait notamment, en temps d'école, parmi tous ces partenaires de promenades et de jeux, Six-Sous. Et Six-Sous, il nous racontait que son grand-père, nous ne l'avions jamais connu, ni lui non plus par ailleurs, un jour qu'il se promenait sur les hauts des roches de Bonport, qu'il y était tombé. Mais que par miracle il avait pu s'agripper à un petit arbuste qui poussait dans une anfractuosité, et que de cette manière il avait pu sauver sa peau. Et bien entendu, de montrer l'arbre du doigt:    
  - C'est celui-là. 
    Et c'était devenu un arbre fameux!