25. René Moreillon nous parle de sa Taveyanne - 1988 -.
On danse à Taveyannaz.
    Il est bien difficile de dire depuis quand on célèbre la mi-été de Taveyanne, tant cette fête remonte loin dans le temps.    
   
Originellement, le deuxième dimanche d’août, sauf erreur, soit au milieu de l’été, les propriétaires de bétail et leur famille montaient à l’alpage de Taveyanne pour y exécuter la pesée, « la mesure ». Il s’agissait simplement de contrôler le rendement laitier des vaches. De la sorte, au moment de la « désalpe », on serait mieux à même de répartir le dû de chacun ; de faire un partage équitable du fromage, du beurre, du séré. On profitait de cette montée pour organiser une petite fête à l’intention des bergers et les ravitailler en pain frais, gâtelets, bricelets. A cela, on ajoutait quelques bouteilles et un peu d’épicerie, laquelle se résumait en sel, sucre, café et ma¨èis. La liste n’était pas longue mais suffisante pour les simples repas de ces berges qui vivaient surtout de laitage, lait, beurre.
   
   
Au début du XIXe siècle, avec l’arrivée à Gryon des premiers estivants, les choses commencèrent à se modifier. Pas question de monter à Taveyanne sans inviter Monsieur, Madame et les enfants installés en appartement ou dans leur chalet nouvelle construit. Telles sont, en montagne, les lois de l’hospitalité. Ils seront en famille, mangeront la crème dans le baquet commun nommé «guichette », avec ce bon pain cuit au four du village, du gâtelet, des bricelets : tout est sur la table. « Servez-vous ! ne vous gênez pas Monsieur et Madame, c’est de bon cœur ». Les hommes font passer le baril : « A votre santé ». On applique sur le goulot un baiser et glou-glou. Puis on le passe à son voisin. « Dieu te bénisse ! » C’était du bon petit vin du Chêne. Pour les enfants, il y avait des « épognes » sorte de savoureuses galettes faites avec les restes de pâte attachée au pétrin et agrémentées de raisins de Corinthe. Confectionnée sans raisins, la même galette se nomme une « cornette ».