24. Venise, second chant - D'une autre vie, ou promenade légère à Burano.
Une ville aux couleurs de l'arc-en-ciel.
    Et puis enfin, mais non, déjà, il aurait navigué des heures durant, rêvant toujours, ils avaient accosté. Alors il était descendu avec le groupe des autres visiteurs et avait pénétré dans le village. Celui-ci de maisons très colorées, toutes peintes différemment. Il avait vu auparavant entre les arbres une vieille femme étendre sa lessive sur des fils tirés d’une plante à l’autre et supportés par des perches  quand la distance était trop grande. Elle l’étendait comme si personne n’allait passer ici, qu’elle était seule dans l’agglomération. Et puis bientôt il vit les premières maisons qui étaient des magasins de dentelles. Absolument magnifiques, encore qu’il ne veuille pas rentrer pour ne rien acheter. Il poursuivit. Il continuait. Il prenait possession de la petite ville, à moins que ce fut elle au contraire qui le faisait prisonnier. Il regardait les façades. Les maisons étaient moins hautes qu’à Venise, et mieux entretenues. Plus modestes en somme et parmi lesquelles lui aussi peut-être, s’il avait eu l’argent, il aurait pu en racheter une pour la restaurer, une toute vieille qui ne coûterait pas cher, comme si cela était possible. Il y en avait ainsi des centaines au bord des canaux, parfois autour d’une place ou placette, serrées les unes contre les autres, mais belles, mais colorées, mais pleines de soleil. Il déambulait. Il regardait. Il jouissait. Il rêvait de laquelle il aurait voulu. L’église était là-bas, au-delà de la place principale, avec son clocher tellement penché qu’il allait s’écrouler avant que la journée ne soit finie. Heureusement, là où il tomberait, il n’y avait rien que des jardins, que même l’on avait barricadés afin que personne n’y pénètre. Probablement par mesure de sécurité. Et pourtant des cloches sonnaient dans le clocher qui l’ébranlaient plus encore. Il était au bord de la chute, et les cloches sonnaient comme s’il avait été solide sur ses fondations, et beau droit dans le ciel. Elles étaient si vivantes, tandis que l’église, elle-même paraissait déjà morte. Cela créait un sentiment étrange, où présent et passé se mêlaient pour vous conduire vers un avenir incertain.