24. Mon premier livre.
Les images évocatrices et poétiques de Marcel Vidoudez, illustrateur de Mon premier livre.
    Une grosse génération de vaudois et vaudoises se souviendra de ce fameux Mon premier livre, ouvrage clé de l'instruction primaire dans ce canton. Avaient participé à ce livre de lecture Mmes B. Mury, M.-L. Piccard, G. Trezzini, cela avec la collaboration de Mme V. Martin, soit Vio Martin. Que du beau monde. 
    La partie illustration revenait à Marcel Vidoudez, un immense artiste, doué d'un sens poétique merveilleux. Ce qu'on ne savait toutefois pas à l'époque, c'est que notre homme, peut-être parfois lassé d'être taxé de pur illustrateur pour l'enfance, aimait à dessiner en ses temps de loisirs des petites dames fort peu vêtues! Ce paradoxe, pour un adulte qui a été enseigné à partir de l'ouvrage cité plus haut,  a quelque chose de fort amusant, et même de réconfortant ! Il n'y aurait donc pas qu'un seul monde, fait de choses parfaitement étiquetées, propres en ordre, dans la ligne, politiquement correctes, bref, un monde selon la vision pour le moins étroite de nos pédadogues de tous bords. Cela n'enlève strictement rien à la magie des images "enfantines" du sieur Vidoudez. 
    Un libraire nous disait: 
    - Ces cons, ils n'ont rien gardé de leur enfance -  il incluait en cela le matériel scolaire qu'un jour ils avaient bazardé sans état d'âme - , et maintenant ils viennent me réclamer Mon Premier Livre. 
    Il avait comme un air de mépris. Et il ne se faisait pas faute d'exploiter au maximum ce filon nostalgique qu'il estimait déplacé voire ridicule. Un Mon premier livre en parfait état, 100.- ! 
     Alors qu'il en fut publié en son temps des dizaines de milliers d'exemplaires! 
    On découvrira dans un texte de notre fait, une évocation de notre passage en classe enfantine, et notamment la découverte presque magique de ce Mon premier livre. Qu'on rigole aujourd'hui d'un sentiment de nostalgie quant à cet ouvrage formateur, mais aussi parfois comme d'un regret de cette époque naïve, on en a cure. Il faut savoir exprimer ce que l'on a sur le coeur et ne pas craindre de passer pour un vieux rabâcheur. C'est la raison pour laquelle nous ne saurions jeter à notre tour le discrédit sur  tous ces nostalgiques de leur enfance qui sont prêts aujourd'hui à ouvrir largement leur porte-monnaie pour combler comme une sorte de vide. 
    - Si l'on avait su, se pensent-ils peut-être.
    Eh, oui, le monde n'est pas ce qu'on imagine  quand l'on est jeune et plein d'enthousiasme, alors que l'on croit peut-être qu'on va le bouffer à soi tout seul ! D'où ces bouffées de romantisme qui tout à coup, par une image, un son, une odeur aussi parfois, vous remuent jusqu'au tréfond de votre être. C'est que ces choses, véritablement, on les a vécues, elles faisaient notre vie, elles nous ouvraient au monde. Un monde peut-être pas tout à fait vrai. Mais cela, on ne le savait pas. Comme on ignorait aussi la signification du mot hypocrisie. On ne dira pas que l'on était pur, l'enfance est ce qu'elle est, parfois plus cruelle et plus méchante que ne l'est la vie adulte, mais on était vrai, nous semble-t-il. Les chemins de traverse un peu sinueux, un rien sombre, avec des destinations bien incertaines, nous ne les emprunterions que plus tard. 
    Voilà tout ce que peut aujourd'hui nous révéler ce premier livre que nous vous offrons avec plaisir. D'autant plus qu'il ne nous appartient pas ! Et pour finir, merci, Monsieur Vidoudez, de nous avoir accompagnés,  et même dirigés, tout au long de cette première promenade et de cette inoubliable expérience culturelle.