24. Le chemin de vire-mau  et le chemin de vire-bin, par Hector Golay, 1880.
Populages.
    On était à la fin de septembre, l’année avait été sèche et une partie des troupeaux avait abandonné les alpages où l’eau faisait défaut aussi bien que la pâture. Depuis deux jours seulement quelques ondées bienfaisantes venaient atténuer les rigueurs de la sécheresse, non point assez pour redonner à la verdure sa fraîcheur, aux fontaines le cristal et le babil d’une eau vive ; malgré cela et grâce à la profondeur des forêts qui s’étendaient au large, aussi bien qu’au soleil, cet incomparable magicien, le paysage était encore brillant et plein de vie : les ramiers et les gélinottes, se levant à mon approche, battaient de l’aile en traversant les clairières ; les insectes en nombreux essaims bourdonnaient autour des touffes cotonneuses, cherchant les dernières fleurs ; dans les bois moussus, au milieu des sapinières, parmi le sureau, le sorbier, la viorne, le chèvrefeuille ou l’alisier, végétation folle qui envahit les essertées, la myrtille, la fraise écarlate et la framboise parfumée, invitaient le voyageur à leur faire sa révérence, si bien, que le temps s’écoulait à piquer ci et là et que, pour moi, enivré d’air libre et de parfums sauvages, j’oubliais la route aussi bien que le rendez-vous au logis.  
    
J’en étais là lorsqu’un roulement sourd et lointain me rappela l’heure et la longue étape qui me restait à parcourir ; c’était le tonnerre et, vers l’horizon, des masses nuageuses s’approchaient et s’accumulaient pour un prochain orage.