23. Contes du Chalet, par Philippe-Sirice Bridel -
Quelques en nos Alpes.
    Je visitais les Alpes qui couronnent la belle vallée de Gruyère. Un violent orage éclate; je cours chercher un abri dans le chalet le plus voisin. J'y trouve trois personnes: un vieillard encore vert, c'était le berger en chef (Armadhi), son aide (Djigno), et un garçon d'environ quinze ans (Cazard) chargé des menus détails de la laiterie. Sans me connaître, ils m'accueillirent avec cette franche hospitalité qui caractérise les pâtres de cette haute contrée. Les vaches étaient en sûreté, le fromage du soir était dans le cercle (ritza) et nous entourions l'âtre dont quelques éclats de sapin alimentaient le feu. Cependant la tempête continuait, des éclairs d'une éblouissante vivacité sillonnaient les ténèbres. Les tonnerres se succédaient sans interruption. Un tourbillon de pluie et de gresil battait notre frêle habitation, ébranlée par les rafales d'un vent impétueux. Il ne s'agissait pas d'aller chercher le repos et le sommeil sur la litière de l'étage supérieur. Après avoir débité toutes les nouvelles que je savais:
    - Eh bien! frère, dis-je à l'armailler, pour passer le temps au coin de votre feu, ne pourrions-nous pas faire chacun une histoire ou un conte du vieux temps, comme c'est votre coutume dans les chalets pour vous désennuyer ?
    - Sans contredit, mais à condition que la mienne sera la dernière.
    - Soit, je n'ai rien à vous refuser; seulement je me réserve que ce sera en patois; car il me semble que vous le parlez presque aussi bien que nous.
    - Rien de plus juste... Commencez, frère! je vous écoute.