229. Edouard Rieben, L'équipement de nos pâturages - 1962 -.
Quand l'ancien résiste!
    Nous n'avons toujours pas d'informations précises sur Edouard Rieben, ingénieur-forestier de Vallorbe. Ce quie l'on sait par contre, c'est qu'il se spécialisa à la fin des années cinquante, dans l'aménagement sylvo-pastoral de nos régions montagnardes. 
    L'homme, probablement formé à l'Ecole polytechnique de Zürich, était ce que l'on peut appeler un technocrate éclairé. L'avenir appartenait, et à juste raison, il faut le reconnaître, à ceux qui, non contents de se satisfaire d'un présent tranquille et bon enfant, voulaient offrir à leurs propriétés alpestres un rendement supérieur. Pour cela il fallait sacrifier aux moeurs en cours et à se plier à une discipline nouvelle. Le tout naturellement lié à une amélioration du matériel, des locaux, des pâturages eux-mêmes. On parlait désormais en parcs, en clôtures métalliques, en clédars en tubulure, bref, voilà qu'intervenait dans notre monde alpestre jusqu'à ce moment-là bien tranquille, avec l'utilisation des matériaux traditionnel de construction, bois pour l'essentiel, tout un attirail de nouveautés, certes très efficaces, mais pas plus sympathiques qu'il ne le faut. 
    La gestion selon Rieben, prenait suivait cette logique impitoyable où tout d'un pays doit être organisé, même les riviières, même les petites ruisseaux que l'on doit mettre en tube, ces mêmes qu'aujourd'hui, par endroit, l'on remet à l'air à coup de cent mille francs, la somme pour dire équivalente à celle qui avait été nécessité pour la mise en terre ! Ainsi les terrassiers et les bétonneurs auront toujours le mot de la fin! 
    Le monde de Rieben, tout efficace qu'il soit, manque quand même singulièrement de poésie. Car il ne fait nul doute que la technique ou les méthodes employées à la restructuration complète des pâturages, doit aussi l'être pour les chalets, qui ne devraient plus être que le lieu où l'on introduit le nouveau sans plus se soucier de l'ancien. Un chalet, à l'époque, début des années soixante, et quelque soit son architecture et son ancienneté, n'a pas de valeur architecturale qu'il conviendrait de préserver. Ce qui importe c'est l'efficacité qu'on lui apportera. 
    Ainsi nos montagnards se devaient de devenir des producteurs de lait efficaces pour lesquels tout doit viser à la productivité. Le reste est insignifiant. L'homme en arrivait à ne plus penser que comme ses machines, à être une machine lui-même, peut-être quelque part. Et dans le même laps de temps, il oubliait qu'il y a en ces lieux ce que l'on pourrait appeler une certaine poésie, et que celle-ci, est à garder à tout prix. 
    Heureusement, d'une part certains résistaient, pour lesquels tout ne pouvait être chiffrable, et d'autre part, peu à peu, on arriverait quand même à se libérer de ce productivisme à outrance pour envisager le monde d'un autre point de vue. On ne faisait pas forcément marche arrière dans le sens d'un rejet des techniques les plus sophistiquées, simplement qu'en même temps que l'on travaillait avec efficacité, on prenait conscience de la valeur esthétique de ces choses et de ces lieux que l'on avait trop longtemps assimilié à de pure zone de production. La poésie revenait, par la petite porte peut-être, mais elle allait gagner du terrain. C'est certain. Il n'est que de voir le succès, un peu partout, de nos fêtes alpestres où l'homme retrouve ses racines, tout au moins l'espace d'une journée ou de quelques heures.