20. Voyage aux Alpes, par J.M. Dargaud, 1857.
Poya Sylvestre Pidoux (1800-1871), première partie.
    J'avais tous les pressentiments de l'inconnu. Nous avons monté hardiment. Notre guide marchait devant nous et nous suivions la lumière tremblante de sa lanterne. Nous entendions, tantôt à droite, tantôt à gauche, la chute de l'eau dans les précipices; quelquefois une clochette isolée dans une écurie. C'étaient les clochettes des vaches échelonnées sur les collines pour les besoins de la plaine. Des masses prodigieuses, plus noires que la nuit, se détachaient par leur obscurité même, et figuraient la chaîne des grands monts qui se confondent avec le ciel.
    Rien ne brillait que la petite lanterne et mon espérance. Le jour, me disais-je, se fera-t-il jamais dans mon âme et dans mes yeux ?