19. Retour à Praz-Rodet.
Qu'il est beau, mon clédar, qu'il est emmerdant, mon clédar!
    N'ayons pas peur des mots, c'est une région de notre Vallée fantastique. Elle a eu la grâce, il y a longtemps déjà, de constituer une réserve naturelle d'importance nationale. Donc on ne saurait y toucher d'aucune manière.  
    La visiter, ou la contempler depuis la côte, est toujours source d'immenses émotions esthétiques. C'est là notre ancienne Vallée, alors que l'homme n'y avait pas mis les pieds. Pas tout à fait, car finalement, ces pâturages nombreux, ils ne sont pas venus tout seuls, il a fallu les créer, c'est-à-dire défricher, décaillouter, assaisinir, bref effectuer là des travaux d'importance pour offrir à son bétail de quoi se nourrir au moins pendant la belle saison. 
    La nostalgie poignante de ces zones mouillantes, ici traversées par l'Orbe paresseuse à souhait. C'est comme si elle  avait le temps, tout son temps. Il serait si bon d'être pareil à elle, et ne rien envisager avec rapidité, au contraire, prendre son temps, tout son temps. Pour tenter de comprendre. Quoi donc ? La vie, simplement. Si elle est belle, à l'instar de ces paysages sublimes, ou si au contraire elle est plus difficile et plus sombre qu'on ne se l'imagine tandis qu'un beau paysage vous fait fantasmer.