19. Promenade au Noirmont I - De Derrière les Crêts à la Grange Vannod.
Le vieil arbre veille sur les ruines du Chalet Neuf de la Grange Bousson.
    S'enfoncer dans le Noirmont tête baissée est une épreuve terrible!
    Terrible si vous le faîtes en hiver et par le plus épais des brouillards. Nul doute alors que vous n'en ressortiez pas.
    Mais à l'automne par un beau soleil, avec une carte détaillée, la chose est très faisable, encore qu'il faille tout de même envisager de marcher longtemps et de ne pas craindre ces murs et barbelés qu'à tous moments il vous faut franchir dès que vous êtes à proximité des propriétés privées. 
    Ce début de promenade va nous permettre de traverser le massif du Noirmont sur une partie importante de sa largeur, la plus profonde, pourrions-nous dire. Là les anciens chalets ont tous disparu. Noms fantômes pour ne plus désigner que des ruines sur lesquelles, comme d'ordinaire, les sapins ont poussé. 
    Ces anciens alpages disparus témoignent donc d'une époque où plus encore qu'aujourd'hui, la zone était colonisée, et surtout hantée par un nombre d'humains plus conséquent qu'aujourd'hui. Car voilà l'histoire, en quatre heures de marche en ces espaces désormais désertés, nous sommes en novembre, nous n'avons pas vu l'ombre d'un citoyen, encore moins d'une citoyenne. Pire que cela, pas un seul animal, ni vaches, veaux, mouton, chèvre ou cheval, ni même sauvage. Aucun bruit. Pas même un oiseau quelque part. Peut-être que si, un rapace qui volait,  comme ça, très haut, pour surveiller son royaume où ce jour-là au moins il n'y avait  personne qui puisse le déranger.
    Un monde où même les insectes sont absents. C'est tout dire.
    Mais le charme opère quand même. On va à la renconte des granges et des chalets, et surtout de ces immenses espaces d'anciens champs dont la qualité surprend et puis bientôt vous remplit d'une admiration sans borne pour ces anciens qui ont passé tellement de temps à les amener à cet état de perfection que cela paraît presque impossible. Comment ont-ils fait ? Il faut croire, d'une part qu'ils étaient nombreux en famille, d'autre part qu'ils avaient aussi le renfort d'une armada de domestiques divers qui avaient trouvé là au moins un toit et la pitance du jour.
    Ce qu'il fallait bosser, tout de même. La réponse de tant de peine tient certainement à cette seule explication: la population s'était faite nombreuse, et pour manger, on n'avait pas le choix: il fallait agrandir la surface des terrains cultivables.