19. Charles-Albert Cingria, passage au Simplon
Immortel hospice du Simplon.
     Allons dans le sous-sol voir le chauffage central.    Là nous avons affaire à forte partie. C'est un laïque, un vétéran savant quelque peu légionnaire qui s'occupe de cet appareil. Il est en bleus, il a une petite barbe ; il est digne surtout et pas prolixe et n'a pas l'air de savourer outre mesure les éloges qu'on lui prodigue en nous le présentant. Nous le voyons encombré d'outils, de lampes, de fusibles, de contacts, bref de tout ce qu'il faut pour tenir en état cette chaudière monumentale ; mais aussi, parmi ces outils, des livres du XVIIIe siècle reliés en veau. Nous comprenons qu'entre-temps cet homme se passionne sur des problèmes. Certes il est aimable, parle, répond, mais ne dit pas un mot qui ne nous fasse sentir l'incompétence de nos questions. 
  
Par exemple je dis :
 
 
- J'ai vu l'orgue ; je m'étonne qu'avec la force dont vous disposez la soufflerie ne soit pas électrique. Il me semble qu'un petit moteur de cinq à six chevaux suffirait.
  
   
Il ne répond pas. C'est le jeune chanoine qui me fournit cette explication à quoi le simple bon sens aurait dû me rallier d'emblée :
 
  
- Vous comprenez, nous avons pour cela le vieux Manu qui ne sait plus que faire. De temps en temps il coupe du bois pour s'amuser. Il périrait d'ennui si, quand l'orgue joue, il ne devait pas souffler. Laissons donc aller ainsi les choses qui vont si bien.
  
  
- En effet...