1969. 2. Projet et réalisation d'un film sur la Vallée de Joux
Vallée de Joux, chronique d'une vallée du jura vaudois
    L'année 1969 reste mythique dans le souvenir. D'une part les hommes se posent sur la lune, avec les premiers pas pour Neil Amstrong, nous sommes le 20 juillet, d'autre part un terrassier arrête sa machine devant des ossements bizarres: ce sera la mise à jour d'un squelette en excellent état d'un mammouth. Cette brillante et prodigieuse découverte n'échappa pas au chroniqueur local qui put, établissant sa rétrospective de l'année, appeler celle-ci: l'année du mammouth!
    Cette même année naissait aussi un projet important: pour la première fois de notre histoire, établir un film important sur la Vallée et sa population. L'initiative revient au cinéaste Jean Mayerat, le financement est assuré par une société mise sur pied pour l'occasion: FILMJOUX, avec son animateur principal: Henri Berney.
   Si la première mouture de cette production ne recueillit pas l'enthousiasme des foules vu sa longueur inaccoutumée, la seconde put désormais mieux faire son chemin.
    Mais voilà, ces vieilles bobines de plus de quarante ans, à l'heure du numérique tous azimuts, n'étaient plus guère utilisables. Ce qui fait que le film fut passé sur CD que désormais chacun pouvait acquérir pour découvrir à sa guise et à son rythme cette Vallée d'il y a quarante ans.
    Une première constatation: la vie profonde des habitants n'a guère changé. On roule toujours en voiture, on regarde toujours la télévision et surtout, question boulot, pour l'essentiel, c'est toujours l'usine.
    Seule nouveauté fondamentale et capable de transformer les habitudes de nos gens depuis cette époque, l'usage de l'ordinateur familial, plus encore celui du natel, soit du téléphone portable. On s'appelle désormais de partout et pour trois fois rien.
    Ce film, on le comprend mieux aujourd'hui, plutôt que de passionner les foules extérieures à la Vallée qui ne pouvaient voir en lui qu'un documentaire parmi tant d'autres, avec ses qualités et ses défauts, était fait pour le Combier. Qui se voyait en quelque sorte disséqué dans ses moeurs et coutumes. A cet égard il est devenu un riche document ethnographique qui aura à nous parler pendant longtemps encore. Et il est très certain qu'à cet égard il se bonifiera encore pour devenir un jour on ne sait trop quand, une pièce incontournable de notre patrimoine artistique et culturel.
    Pour celui qui a vécu cette époque du début des années septante et qui alors n'était pas encore dans les tranches d'âge supérieures, qui reste donc encore bien vivant après ces quatre décennies, quelles émotions de revoir tous ces visages. Les vieux d'abord, disaprus depuis belle lurette, les moins vieux, hélas partis à leur tour. Et les contemporains dont certains, étonnamment, n'ont que peu changé.
    C'est là peut-être la constatation la plus importante que l'on peut faire. C'est que l'homme peut se maintenir désormais dans une forme splendide presque tout au long de sa vie, et pourrait même croire qu'il survole non seulement les années, mais les décennies, et cela avec un "sans-gêne incroyable". Le temps passe, et certains, vous les voyez toujours pareils. C'est assez fabuleux. C'est la grande victoire d'un mode de vie capable de vous faire durer, et d'une médecine de pointe apte à remédier à ces petits ou grandes misères physiques qui, en d'autres temps, vous auraient depuis des lustres  condamnés au tombeau.
    Il y a donc, à voir ce film, ce miracle que l'on ressent quelque part: que non seulement nous sommes des bienheureux, mais aussi des miraculés !
    Mais reste quand même ces nouveaux enjeux dont le film n'évoque naturellement pas, puisqu'on les ignorait: écologie et énergie. C'est surtout à ce point de vue que l'on pourrait dire que si les choses restent pareilles en surface, en profondeur, elles changent et pourraient un jour bientôt nous faire découvrir un mode de vie quelque peu différent. Mais alors  cela concernera-t-il surtout d'autres générations...