186. Une promenade à Paris du 12 au 14 décembre 2015 - troisième journée -.
Quand Fragonard vous enchante...
   Ce sera la troisième et dernière journée. On laisse les bagages à l'hôtel qu'on reprendra tantôt, en fin d'après-midi. 
    Où aller, que voir encore, alors que les jambes déjà sont lourdes et que le pas se fait moins léger ? 
    Montmartre à traverser une fois encore. Les touristes y sont rares. Il y fait si bon retrouver cette paix du matin, alors que les artistes ne sont pas encore arrivés et que les bistrots sont encore déserts. On respire!     
    Bistrot... ou plutôt bistro, n'est-ce pas là d'ailleurs que le mot fut inventé ? 
    Montparnasse dont la tour, affreuse par beau temps, aujourd'hui est noyée dans le brouillard. Qu'elle n'y reste donc! 
    Fragonard est bien de Paris, est bien de ce XVIIIe siècle à certains points de vue enchanté, si léger, si voluptueux qu'il pourrait sembler être aux portes du paradis. S'il n'y avait la réalité, une ville sale, putride, sans égoûts, et qui va connaître bientôt les horreurs d'une révolution sanglante et sans pitié. Rien n'est donc marrant en cette vie, et ces belles époques ne sont qu'une pure illusion qui masque d'autres réalités. Oublions tout cela, et joignons-nous  à cette foule de visiteurs dont la moyenne d'âge est d'au moins soixante! L'érotisme n'a donc pas d'âge! 
    Et Rimbaud, dans tout cela ? On ne l'a pas oublié. Voilà donc son chef-d'oeuvre imprimé en belles lettres noires sur un grand mur. Le bateau ivre. Un poème dont les tenants d'un français plus académique ne donnait pas un rond. Qui l'ignoraient même. Ce petit crapaud, cette langue barbare et hermétique... Il est devenu un phare. Il magnifie ce XIXe  par ailleurs d'une lourdeur inconcevable. Rimbaud, à la suite de Baudelaire. Rimbaud et Verlaine. Mais Villon, où es-tu qu'on n'a pas vu ? 
    La Seine est retrouvée qui coule paisiblement sous un soleil nouveau. Ses rayons dorent les vieilles façades de pierre, illumine les vieux ponts, donne un aspect nouveau et véritablement beau aux vieilles bâtisses dont nous avons tout à apprendre de l'histoire. Dans celui-ci l'on emprisonna Marie-Antoinette qui ne devait le quitter que pour se voir trancher la tête. O peuple parisien, le sang de cette reine devait retomber sur toi qui n'oublie pas, qui n'oubliera jamais. 
   On s'est promené une dernière fois dans le jardin des Tuileries, on s'est souvenu aussi que les communards avaient incendié le Palais, grave erreur qui les a discrédités. Car on ne détruit jamais ce qui est beau, ce qui a coûté de la peine à ceux qui construisent. On ne tue pas les témoins de l'histoire, quelle que celle-ci ait été.  
    Il était l'heure de partir. Le métro, encore et toujours. Une gare. Un dernier regard. Et c'en serait fini. C'en serait fini de Paris.  
   Ce Paris, qui saurait si bien se passer de nous!