17. Les tisserands.
Le tisserand, de Van Gogh.
    Ceux-ci furent plus nombreux qu'on ne le croit d'ordinaire à la Vallée de Joux. Ainsi pouvaient-ils être près d'une quinzaine au tout début du XIXe siècle. 
    Et que filaient-ils ? Du lin, du chanvre, matière première que leur apportaient les gens de la région qui la cultivait à proximité de leur maison. Les linières pour le lin, les chènevières pour le chanvre. Tout cela étant de coutume immémoriale. 
    L'un des derniers tisserands de la contrée résidait aux Esserts de Rive, où les gens du Chenit lui amenaient surtout leur lin à filer, étoffe de laquelle on ferait plus tard des draps et des chemises, tissu certes grossier, mais d'une belle structure quand on le contemple, témoin dans tous les cas de ces rudes temps où il ne fallait pas avoir la peau trop douce pour se glisser dans son lit ni pour enfiler ces immenses chemises qui vous arrivaient presque aux genoux! 
    Draps et chemises que l'on retrouvait couramment autrefois dans les vieilles maisons, tissus devenus de plus en plus rares à l'heure où ce que l'on consomme provient de l'autre bout du monde sans même que l'on n'y prête garde. Loin donc sont ces industries de proximité qui permettaient à d'aucuns de gagner leur vie, quoique, dans le domaine du tissage, ce fusse plutôt mal que bien. Raison un jour, au XIXe siècle, de la disparition de ce gagne-pain trop modeste pour survivre.