17. Les chemins de l'école, par Claude Berney,
Claude Berney, lors d'un vernissage de l'un de ses ouvrages, début des années nonante.
   L'éditeur de l'ouvrage: Les Chemins de l'Ecole, de Claude Berney, se fait parfois l'effet d'un véritable salaud d'avoir conduit un auteur sur un chemin qu'il ne souhaitait pas emprunter. Car ce qu'il faut comprendre, c'est que cet homme, bien connu en notre combe pour son activité socialiste, mais aussi pour ses écrits qui commençaient à prendre du volume, se refusait à écrire sur l'école. Ses souvenirs n'étaient pas assez bons, insistait-il,  pour qu'il se décide à prendre la plume à ce sujet.  Insistance presque maladive de la part de son éditeur pour qu'il se décide enfin à se mettre à l'ouvrage.  Allons, quoi, il n'allait pas en mourir! 
    Il le fit. Cela donna les Chemins de l'école. Où enfin, plus qu'en ses autres livres et brochures  peut-être, il put exprimer les réalités de l'existence, et notamment de celles que l'on peut connaître en ses premières années scolaires. Ce n'est toujours très drôle. On est surtout soumis au monde adulte qui n'a pas toujours conscience des conditions dans lesquelles les enfants sont enseignés. A moins qu'il ne faille considérer qu'on savait parfaitement ce qui se passait, mais que par simple esprit de paresse, de conformité, de politiquement correct, on  n'ait rien dit ni rien fait. C'était souvent le cas, en ce temps-là, où les autorités de tous bords avaient pratiquement pleins pouvoirs et où une population était jugée bonne à tout accepter. Ou presque. 
    Rudes années pour un enfant sensible et intelligent qui doit pourtant en passer par là. Et plus difficile était encore la situation, parce que  sa religion le mettait quelque part en marge, et même si celle-ci, dans le fond, dans ce village dont il évoque les dessous, était pourtant pratiquée par bon nombre des habitants, donc pères et mères de famille. 
    Faut-il considérer Les chemins de l'école, comme une sorte de brûlot ? Ne l'oublions pas,  Claude Berney avait été Président du Grand Conseil vaudois. Oubliant ces hautes fonctions, ne fut-il pas ainsi le temps d'une année l'homme le plus important du canton, il revint à la petite histoire pour l'explorer avec son talent habituel. Mais en celle-ci, ne se sentant pas trop à l'aise, son récit de base, son récit choc pourrait-on dire, il le fit précéder d'une longue et savante étude sur l'enseignement dans notre canton. Manière d'enrober ses propres souvenirs dans un ensemble pédagogique du meilleur aloi. Emballage de fête pour une grenade sociologique qui n'aura pas eu l'heurt, on le devine, de plaire beaucoup au corps enseignant de l'époque. Enfin quoi, voici simplement un homme qui exprime sur le papier ce qu'il avait à dire, et qu'il avait si longtemps laissé sommeiller au fond de son inépuisable besace!